jeudi 31 décembre 2015

Qui est le chef des rois de Yavan ?

Dans l’Écrit de Damas, on trouve la mention d’un mystérieux chef des rois de Grèce ou de Yavan. Examinons d’abord le texte qui dit :
7. ...qu’ils ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur ; qu’ils ne se sont pas tenus à distance du peuple, mais qu’ils se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33). Les serpents se sont les rois des peuples ; et leur vin, ce sont 11. leurs voies ; et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. Mais de tout cela, ils n’ont rien compris, ceux qui érigent le mur intérieur et le recouvrent de plâtre, car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation. [Traduction David Hamidovic: L’Écrit de Damas : Le Manifeste essénien. Édition introduite, établie, traduite et annotée, par David Hamidovic. Paris-Louvain, «Collection de la Revue des Études juives». Peeters, 2011. Les passages entre crochets sont de nous, CD A VIII, lignes 7–13. ]
David Hamidovitch, dans ses notes à sa traduction de l’Écrit de Damas, précise que
la locution «tête des roi de Grèce» suggère un personnage vainqueurs des rois séleucides. Son identification est difficile, car elle dépend de la traduction du verbe «venir». Si on traduit par un présent historique ou un passé, «celui qui vient» ou «celui qui est venu», le personnage est une figure du passé, on peut penser au Romain Pompée en 63 av. J.-C., mais la date paléographique des manuscrits 4Q266, 4Q268 et 4Q270 indique une date de composition antérieure à cet événement. C’est pourquoi, on suggère une allusion à la victoire romaine à Magnésie de Sypile en 190 av. J.-C. Le chef des roi séleucides serait donc Rome. Si on traduit le participe par un futur, «celui qui viendra», une figure vengeresse est attendue, peut-être une figure eschatologique voire un messie royal. On préfère reconnaître une figure du passé, parce que la métaphore de la «tête des aspics» est curieuse s’il s’agit d’une figure espérée. [Idem, page 54.]
Dans sa préface [Ibidem, page x.], David Hamidovic mentionne la date paléographique de ces trois manuscrits qui sont supposés avoir été écrits pendant la première moitié du Ier siècle avant J.-C., donc entre –100 et –50. La paléographie n’étant pas une science exacte, d’autres spécialistes [Mentionné sur le site http://www.deadseascrolls.org.il où l’on peut découvrir la reproduction des manuscrits de Qumran et de Massada, et d’autres encore.] estiment que 4Q268 et 4Q270 doivent plutôt être datés de la période hérodienne, donc entre –40 et 0. Rien ne s’oppose donc à ce que ce chef des rois de Yavan soit Pompée. C’est d’ailleurs la principale identification que retiennent les différents spécialistes, comme André Dupont-Sommer dans sa traduction à l’Écrit de Damas, publiée dans La Bible — Écrits Intertestamentaires. [Page 159. Édition publiée sous la direction d’André Dupont-Sommer et de Marc Philonenko. « La Pléiade », Éditions Gallimard, nrf, Paris, 1987.] Signalons l’opinion alternative de Ben Zion Wacholder qui estime plutôt que le chef des rois de Yavan serait Alexandre le Grand et y voit une allusion au transfert de souveraineté de la Judée qui de perse devint grecque. [Page 242. Ben Zion Wacholder. The New Damascus Document — The Midrash on the Eschatological Torah of the Dead Sea Scrolls: Reconstruction, Translation and Commentary. Leyden, Brill, 2007.]
Ces interprétations, quoi qu’elles semblent logiques sont pourtant fausses. 
L’Écrit de Damas s’oppose à un groupe d’homme qu’il appelle de différents noms, dont «congrégation des traîtres» et «chercheurs des choses flatteuses». Ce dernier terme se retrouve dans le Pesher Nahum et désigne ceux qui se révoltèrent contre Alexandre Jannée
2. [...] Son interprétation concerne Démé]trius, roi de Yavan [Grèce, c’est-à-dire, la Syrie dans ce cas-ci], qui avait cherché à entrer à Jérusalem selon le conseil des chercheurs des choses flatteuses [en hébreu dôrshî hahalaqôth.] 3. [mais celui-ci n’y entra pas, car Dieu ne l’a pas livrée] dans les mains des rois de Yavan depuis Antiochus [c’est-à-dire depuis Antiochus Épiphane] jusqu’à l’arrivée des chefs des Kittim [il s’agit des Romains dirigés par Pompée] ; et après elle sera piétinée [par les Romains en –63.] [Pesher Nahum II, 2–4.]
Ces événements sont mentionnés aussi par Flavius Josèphe, qui dit qu’un groupe non nommé se révolta contre le roi de Judée Alexandre Jannée et fit alliance avec le roi grec de Damas, Démétrios III, afin de s’en débarasser. Mais une partie de ceux qui suivaient Démétrios se soumirent à Jannée ; ce qui l’empêchera de profiter de sa victoire et l’obligera à rentrer dans son royaume. Ce groupe continuera à se révolter et ses membres seront finalement capturés par Jannée et crucifiés, événements que l’on trouve mentionnés dans le Pesher Nahum (colonne II, lignes 4–8), comme dans Flavius Josèphe (Antiquités, livre XIII, aux chapitres XIII et XIV). Ce groupe, Flavius Josèphe ne dit pas qu’il s’agit des pharisiens dans leur ensemble, mais on comprend aisément avec d’autres mentions de cet auteur que ce groupe est sous-groupe des pharisiens. On peut donc déduire que si l’ensemble des pharisiens s’opposaient à la politique de ce roi, seule une partie d’entre eux entrèrent en révolte ouverte. Les raisons de cette révoltes nous sont inconnues, mais plutôt que de chercher dans une contestation de personnes, ou dans des changements calendaires, peut-être serait-il mieux d’estimer que cette révolte, comme la plupart des révoltes, provient soit d’une augmentation de la pauvreté, soit d’une hausse des impôts, cette dernière solution nous semble la plus vraisemblable. La congrégation des traîtres désigne bien les pharisiens qui se révoltèrent ouvertement contre Jannée, mais probablement aussi, ceux qui soutinrent cette révolte.
Le chef des rois de Yavan est donc contemporain de cette époque, il ne s’agit certainement pas de Pompée, qui a restitué la grande-prêtrise à Hyrcan II, soutenu par les pharisiens et qui ne semble pas avoir frappés les pharisiens. Nous pensons que l’interprétation du passage est bien plus subtile. 
Reprenons l’Écrit de Damas qui parle de ceux qui 
se sont laissés aller délibérément, 9. marchant dans la voie des impies dont Dieu dit : le venin des serpents (est) leur vin 10. et le poison des aspics est cruel. (Deut. 32, 33).
Voyons maintenant le passage crucial qui dit : 
les serpents se sont les rois des peuples
C’est-à-dire Démétrios III. 
Et leur vin, ce sont 11. leurs voies.
C’est-à-dire la voie de la trahison ou voie des impies. L’auteur accuse des hommes d’avoir suivi, de manière impie, un roi étranger ; nous sommes donc bien dans le cadre de la révolte contre Jannée et de l’appel que firent certains des révoltés auprès de Démétrios III. 
Nous arrivons au passage crucial qui a suscité tant d’incompréhensions :
Et la tête des aspics, c’est le chef [ou la tête] des rois de Grèce [Yavan], celui qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux. 
Notons en premier que les «aspics», ce sont les «rois de Grèce», c’est-à-dire dans ce cadre narratif, Démétrios III. Mais alors qui est le «chef des aspics» et le «chef des rois de Grèce» qui «est venu faire vengeance sur eux» ? Ce n’est ni Pompée ni Démétrios III, ni Alexandre Jannée, mais Dieu Lui-même qui détermine et dirige toutes choses, y compris les rois de Grèce. Le passage suggère donc qu’ils n’auraient pas dû placer leurs espoirs dans des rois étrangers, mais bien dans le Dieu d’Israël qui commande à tous les êtres. C’est pour cela que l’auteur dira encore d’eux qu’ils
7. ...ont fait chacun ce qui est droit à ses propres yeux 8. et ont choisi chacun selon l’obstination de son cœur.
Ils ont fait ce qu’ils croyaient bien pour eux et ils ont été punis pour s’être opposés à la volonté de Dieu.
Les esséniens professent le déterminisme le plus radical, dans lequel Dieu domine directement sur toutes choses et sur tous les êtres : pour l’auteur, ce n’est pas Jannée qui les a mis à mort, c’est Dieu Lui-même qui les a mis à mort ; Jannée n’a été qu’un instrument, comme les croix auxquelles ils étaient attachés, comme les clous qui les tenaient suspendus. Pour comprendre les manuscrits de Qumran, il faut s’imprégner de leurs conceptions ; sans quoi, elles nous demeureront aussi fermées qu’une forteresse.
Quant au vaticinateur de mensonge, son nom n’est pas donné par les manuscrits, ni non plus par Flavius Josèphe, mais dans la mesure où le Talmud mentionne que les chefs pharisiens de cette époque sont Yehudah ben Tabbay et Shiméon ben Shetah, il est probable que ce fut l’un de ces deux qui était visé par le sobriquet.
Le passage en question ne visant pas Pompée, il est clair que la prise de Jérusalem par les Romains lui est inconnue. Dans la citation, deux phrases montrent que l’auteur a connaissance du sort des insurgés et qu’il approuve pleinement leur exécution :
11. [...] le Chef des rois de Grèce, Celui Qui est venu pour faire 12. vengeance sur eux.
Et :
12. [...] car 13. celui qui sème du vent et vaticine avec mensonge, il avait vaticiné pour eux, si bien que la colère de Dieu s’enflamma contre toute sa congrégation.
Cette interprétation permet aussi de situer le cadre temporel de la rédaction de l’Écrit de Damas, légèrement après la mort de Jannée et certainement bien avant la prise de Jérusalem par Pompée, donc vers –75.
Ces points sont aussi importants pour comprendre la théologie des manuscrits de Qumran dont les auteurs, du moins celui de l’Écrit de Damas, refusent l’idée de providence (ou d’un quelconque intermédiaire comme le logos de Philon d’Alexandrie) pour expliquer l’action de Dieu sur terre; pour lui, l’action de Dieu est directe et s’exerce sans intermédiaire.
Remarquons d’ailleurs que dans l’Apocalypse de Jean, on lit la phrase suivante qui rejoint parfaitement l’interprétation que nous avons proposée:
et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre (ὁ ἄρχων τῶν βασιλέων τῆς γῆς)!
Jésus, donc Dieu pour les chrétiens est le «prince des rois de la terre» dans l’Apocalypse, comme le «chef des rois de Yavan», est pour l’auteur de l’Écrit de Damas, Dieu Lui-même. Cette convergence, au niveau d’une expression si particulière, méritait d’être mentionnée.

mercredi 30 décembre 2015

Jésus était-il palestinien?

Lorsque j'entendis la première fois cette affirmation, j'ai cru que j'étais monté sans m'en rendre compte dans une machine à avancer dans le temps, et que je m'était retrouvé projeté le 1er avril 2016. Pincez-moi je rêve. 
En politique, la mauvaise foi est un principe, et dans ce cas-ci elle est patente. Normalement, le bon sens devrait suffire à réfuter cette assertion; mais dans la mesure où elle se répand, mieux vaut prendre sa plume, enfin son clavier, et la réfuter.
La Palestine est un terme qui sert à désigner, en Grec, le territoire des Philistins, qui s'étendait à l'époque des Juges et du roi David sur la bande de Gaza et remontait jusqu'à Ascalon et à Ashdod. Ils disparurent en tant que pouvoir politique indépendant pendant la période monarchique; il est néanmoins probable que certains furent assimilés aux Judéens et les autres restèrent dans leurs cités traditionnelles en tant que gèrîm ou «résidents-étrangers» [Nous ne parlons pas du nom des convertis dans le judaïsme rabbinique qui sont aussi appelés gèrîm.]
Les territoires côtiers qu'ils occupèrent sont appelés Palestine à la suite de la traduction grecque des Septante. Et c'est par rapport à ces seuls territoires que Philon parle par exemple de Palestine.

Les Juifs obtinrent leur indépendance en –152, après quinze ans de guerre contre les Séleucides. La Judée se limite alors à Jérusalem, mais les grands-prêtres asmonéens vont développer leur petit État, et l'étendre de l'idumée à Damas, en passant par la Pérée. En –63, Aristobule appelle Pompée à la rescousse, dans son conflit avec son frère Hyrcan II, allié à Antipater (le père d'Hérode) et à Aretas III de Nabatée, roi de Petra; Pompée ne se fera pas prier, mais reprendra très vite ses engagements et s'alliera plutôt à Hyrcan II; ensuite il capturera Aristobule qu'il fera déporter à Rome. Après 25 ans d'anarchie en Judée, Rome soutient Hérode et l'autorise à relever le titre de roi de Judée. Hérode meurt en –4 en ayant écrit et réécrit son testament; c'est finalement Auguste qui tranchera, à sa sœur revient Ascalon; à Archélaos revient la Judée, la Samarie et l'Idumée; à Antipas revient la Pérée et la Galilée; quant à Philippe, il reçoit l'Iturée, la Trachonitide, la Gaulanitide, etc. Ses autres enfants ne reçoivent rien. Le tétrarque Archélaos fait de nombreuses erreurs et Auguste le rappelle à Rome; Auguste transforme alors la Judée, la Samarie et l'Idumée en la province romaine de Judée.
Après une brève semi-indépendance sous le règne d'Hérode-Antipas Ier, la Judée redevient Romaine. Pendant la révolte juive de 66–70, la Judée sera ravagée par les légions romaines, Jérusalem est rasée (risque d'infection), seules subsistent quelques parties du Temple (les fondements). Les Juifs sont bannis de la Judée, réduits en esclavage et dispersés dans l'Empire romain. La Judée passe de deux millions d'habitants à entre 200 ou 300000 personnes.

Pendant la révolte des Communautés en 115–118, les communautés juives de l'Empire romain sont laminées et les Juifs renvoyés en Judée où ils se réinstallent (ne restaient dans l'Empire romain, que les très petites communautés, les métis judéo-grecs et les convertis). Hadrien est d'abord favorable aux Juifs, puisqu'il les autorise à rebâtir le Temple, mais il va finalement changer d'avis: il abroge cette décision et interdira même la circoncision assimilée à la castration.

Les Judéens se révoltent à nouveau sous la direction de Shime°on bar Kokheba, ils mènent une guerre très dure aux Romains mais finissent vaincus à la Forteresse de Betar. Les Juifs sont expulsés de Judée. Il semble que bar Kokheba avait commencé à ériger le IIIe Temple, mais il fut détruit ou récupéré par les Romains pour en faire un Temple de Zeus. Hadrien, après avoir procédé à une guerre totale, en exterminant la totalité des Judéens y compris les femmes et les enfants, décide de déjudaïser la Judée. La Judée deviendra donc la Palestine en hommage aux Philistins (Hadrien considérant que son œuvre est la revanche des Philistins) et Jérusalem deviendra Ælia Capitolina (l'empereur Hadrien portait comme nom de naissance Publius Ælius Hadrianus).

La prise du pouvoir par les chrétiens va rendre à Jérusalem son nom authentique, mais ils ne permirent pas à la Judée de revenir à son nom original et resta pendant de nombreux siècles la Palestine.

Les historiens utilisent parfois des anachronismes: par exemple, Joseph Derenbourg a écrit une Histoire de la Palestine depuis Cyrus jusqu'à Adrien (publiée en 1867), tout simplement parce que les territoires dont il est question dans son livre s'appelaient de son temps Palestine. 

Le nom Palestine identifiait un territoire, et ses habitants n'étaient pourtant pas des palestiniens; en réalité, les habitants des territoires palestiniens se définissaient par leur religion. Ils ne disaient pas: «Je suis palestinien», mais ils disaient: «Je suis Juif, musulman, chrétien, Druze, alaouite», et quand des européens s'y installaient, ils disaient: «Je suis anglais, belge, français, allemand, américain». La Palestine existait en tant que nom d'un territoire mais ses habitants se définissaient autrement que par l'appartenance à ce territoire. 

Si aujourd'hui quelqu'un affirmait que Jésus était israélien, tout le monde éclaterait de rire, l'État d'Israël n'existait pas à l'époque de Jésus, mais le royaume de Judée existait bien un peu avant et un peu après lui. Jésus était donc un juif judéen ou galiléen suivant qu'on le fait naître à Bethléem comme le veulent les évangiles, ou Nazareth, même s'il serait plus logique de le faire naître à Jérusalem. On peut aussi le qualifier de Galiléen en tant que Juif vivant en Galilée. 

Donc Jésus n'est pas palestinien, c'était un Juif judéen ou galiléen. Il n'est pas plus musulman, puisque l'Islam n'existait à l'époque de Jésus et qu'il ne peut avoir appartenu à une religion qu'il n'a jamais pratiqué. Il semble donc qu'il n'y a pas que les Mormons qui pratiquent les conversions postmortem.

Non Jésus n'étais ni palestinien, ni musulman; pas plus que Moïse ou David n'étaient palestiniens ou musulmans.


Stephan Hoebeeck



Quel est le secret des manuscrits de la Mer Morte?

À Dina 
Les manuscrits de la mer morte sont aujourd'hui publiés, en éditions bilingues, complète en anglais et partielle en français. Reste d'innombrables fragments qu'on ne sait pas identifier, parfois une lettre ou deux, parfois des bouts de quelques mots, parfois un mot complet dont on ne sait que faire. Mais en réalité, rien qui jetterait un éclairage radicalement nouveau sur ces manuscrits.

Y-a-t-il encore un mystère caché dans ces manuscrits? Oui et non!


Les manuscrits de la Mer Morte correspondent aux textes de ceux que Flavius Josèphe appelait les esséniens, mais les esséniens de Flavius Josèphe n'ont jamais existé.
Flavius Josèphe nous a embrouillé l'esprit avec les quatre écoles juives qu'il mentionne dans ses Antiquités juives [dans la Guerre des Juifs, il omet la dernière, en disant qu'elle dépend des pharisiens]: la pharisienne, la sadducéenne, l'essénienne et la sicaire. Nous n'envisagerons pas leurs différences idéologiques qui, dans la narration de Flavius Josèphe, sont trop influencées par la philosophie grecque, mais plutôt leurs différences politiques. Notons que les quatre écoles sont plus judéennes que juives, il s'agit d'écoles qui existent en Judée, le problème du judaïsme hellénistique est encore différent.
Les pharisiens sont les plus populaires, ils se réfèrent à la tradition orale, ils sont laïcs (primauté de la Torah sur le culte du Temple), et peuvent vivre avec une domination étrangère sur la Judée. Ils sont enfin influencés modérément par la culture grecque (ce qu'on retrouvera dans la Talmud qui comporte d'innombrables citations d'Homère). L'école pharisienne deviendra l'école rabbinique. 
Jusqu'ici, il n'y a pas de problème, c'est avec les écoles sadducéennes, esséniennes et sicaires que Flavius Josèphe va mentir.
Les sadducéens sont ainsi définis comme des prêtres qui se soumettent aux pharisiens en ce qui concerne l'observance du culte et des lois. Les esséniens sont mal définis politiquement, mais ils se retirent des affaires publiques et ne se révoltent pas contre Rome. Les sicaires sont des pharisiens révolutionnaires.
Quand on lit ce passage, on oublie de se poser une question, où sont les assidéens? Les assidéens furent un groupe de Juifs qui suivirent Mathathias ben Hashmonay, et ensuite ses fils Judas Macchabée, Jonathan Macchabée et Simon Macchabée et qui parvinrent à imposer aux Séleucides l'indépendance de la Judée en –152, après quinze ans de guerre, qui marqueront l'affaiblissement de cette dynastie hellénistique qui régnait sur un empire qui s'étendait de Damas au Pakistan. 
Le mot assidéen correspond à l'hébreu à hassîd (חסיד), hassidim (חסידים), c'est-à-dire «les pieux». Ce mot n'est jamais mentionné ni par Flavius Josèphe ni par Philon d'Alexandrie, et ce n'est nullement un hasard. 
Les assidéens historiques sont inflexibles dans l'application de la Torah (Judas Macchabée fait crucifier les Juifs qui sont trop hellénisés) et ils sont partisans du sacerdoce (ils ne sont pas laïcs en quelque sorte et donnent la préséance aux prêtres, puisque Judas Macchabée est un qohen descendant d'Aaron); enfin ils sont fortement militarisés. 
Il existe une version syriaque du Livre des Macchabées (parfois appelé V Macchabées) qui contient une chronique jusqu'à Hérode. Ce texte nous parle aussi des écoles judéennes, mais il n'en connait que trois: la pharisienne, la sadducéenne et l'assidéenne; les écoles esséniennes et sicaires lui sont inconnues. Ce texte précise encore que les assidéens sont détenteurs d'un enseignement ésotérique, et offrent à l'extérieur des similitudes avec les écoles pharisiennes (on peut supposer qu'ils admettent certaines prescriptions de cette tradition, comme le port de tefilin) et sadducéennes (on peut supposer que les assidéens rendent la justice avec beaucoup de rigueur et qu'ils sont plutôt partisans du sacerdoce contre les laïcs). Il n'est nulle part question de leur pacifisme envers Rome, ni de leur opposition à Rome. Il n'est nulle part dit qu'ils se seraient à un quelconque moment démilitarisés, puisqu'il s'agit de la succession des assidéens qui suivirent Judas Macchabée. 
L'école assidéenne est militariste et nationalistes (comme les Sicaires ou les zélotes), rigoureuse dans l'application des lois (comme les sadducéens), et fortement influencée par une mystique que l'on sait par les documents trouvés à Qumran qu'elle se rattache au Livre d'Hénoch et aux pratiques calendaires du Livre des Jubilés (comme les esséniens de Flavius Josèphe). 
La découverte des manuscrits de Qumran et l'excès de croyance à la fiabilité des notices de Flavius Josèphe a mené les chercheurs dans une incompréhension de ces textes. Ces textes présentent une mystique qui les apparente aux esséniens, ce dont on pouvait se douter en lisant la notice de Flavius Josèphe, mais aussi une rigueur qui les apparente aux sadducéens et une violence (Règle de Guerre qui prévoit l'extermination des impies du monde entier) qui les apparente aux sicaires, ce à quoi on ne s'attendait pas en lisant les notices de Flavius Josèphe ou de Philon d'Alexandrie. Notons que la notice de Flavius Josèphe existe sous une forme révisée dans l'Elenchos (une réfutation chrétienne des hérésies qui date du début du IIIe siècle), et cette version met en garde sur les esséniens qu'il dit être des zélotes ou des sicaires révoltés contre Rome. 
Les esséniens de Flavius Josèphe en tant que Juifs se préoccupant seulement de mystique et ne se révoltant pas contre Rome n'ont jamais existé. Les esséniens, c'est simplement un nom pour désigner la partie mystique de l'assidéisme et non une école en soi, comme le sicarisme est le bras armé de l'assidéisme dans sa lutte pour l'indépendance de la Judée.
La question devient alors de savoir qui sont les sadducéens? Les sadducéens ne sont pas une école en soi, ce sont des prêtres partisans de la rigueur légale des assidéens, mais s'en séparant sur la mystique déterministe des manuscrits de Qumran (Dieu dirige toutes choses); les sadducéens sont ceux qui acceptent un compromis avec les pharisiens majoritaires dans le peuple, ils sont appelés dans les manuscrits de la mer morte Manassé. 
On s'est demandé si les manuscrits de la Mer Morte n'étaient pas sadducéens, en fait l'interprétation rigide la Torah est commune aux assidéens et sadducéens, ils ne se séparent que sur la mystique calendaire des Livres d'Hénoch. En réalité, l'école sadducéenne obéit aux prescriptions assidéennes.
Les manuscrits deviennent ainsi faciles à comprendre. Nous lisons dans l'Écrit de Damas (traduction Davidovic): 
À la fin d’une colère de trois cent nonante années après qu’Il [Dieu] les eût livrés dans la main de Nabuchodonosor. (CD I, 5–6).
La déportation à Babylone s’est faite en trois fois, et la dernière date de –581/580. Ce qui donne (–580 + 390 ans) –190. En ensuite, l’Écrit de Damas poursuit en disant :
7. Il les visita et fit pousser d’Israël [les Assidéens] et d’Aaron [Judas Macchabée] une racine de plantation pour prendre possession 8. de Son pays [retrouver l'indépendance de la Judée] et pour s’engraisser avec la fertilité de Son sol. [CD I 7–8.]
Ce passage décrit l’émergence d’un nationalisme judéen qui veut en finir avec une Judée, une fois perse, le lendemain égyptienne, et ensuite syrienne.
Et ils comprirent leur faute et ils reconnurent qu’ils furent coupables. [CD I, 8–9.]
Leur faute fut d’avoir laissé les nations dominer la Judée en contradiction avec les affirmations cent fois répétées par la Torah que les terres judéennes doivent être indépendantes et dominées par les Juifs.
Et ils furent comme des aveugles, comme ceux qui tâtonnent pour trouver un chemin pendant vingt ans. Alors, Il suscita pour eux un Maître de Justice afin de les guider dans la voie du cœur. (CD I, 9–11).
–190 + 20 ans = –170, le début de la révolte juive contre les Séleucides. Ce mystérieux Maître de Justice devient très simple à identifier, il s’agit de Mathathias ben Hashmonay, le père de Judas Macchabée et premier conducteur de la révolte. Très vieux, il mourra peu d’années après, et ses fils lui succéderont à la tête des armées judéennes et aussi comme Maîtres de Justice.

Les premiers Macchabées ne furent pas les seuls Maîtres de Justice, d'autres lui succédèrent et l'organisation devient probablement bichéphale:
Car autrefois, se levèrent Moïse et Aaron par l’intermédiaire du prince des Lumières et Belial suscite Yahnah et son frère dans son plan. [CD V, l. 17–19.]  
Ces deux hommes qui correspondent à Moïse et à Aaron sont encore mentionnés sous leurs titres mais pas nominativement:
Et l’étoile, c’est le chercheur de la Torah [Doresh_haThorah], celui qui est venu à Damas, comme il est écrit : Une étoile a fait route de Jacob et un sceptre a surgi d’Israël. [Nombre 24, 17.] Le sceptre, c’est le prince de toute la congrégation [nasî’ kol ha°adah] et quand il se lèvera, il décimera tous les fils de Seth. [CD VII, lignes 18–21.]
L'expression, «quand il se lèvera, il décimera, etc.» laisse supposer que le Maître de Justice a été assassiné injustement, raison pour laquelle il jugera ses bourreaux. L'ouvrage parle en permanence de la congrégation des traîtres, et les pesharîm mentionnent que ce sont eux qui ont assassiné le Maître de Justice. Un seul nom émerge dans l'œuvre de Flavius Josèphe, celui de Diogène (hébreu probable עשיה ou עשיאל) qui fut un proche conseiller du roi Alexandre Jannée et qui était considéré comme le responsable de la crucifixion des 800 pharisiens qui se révoltèrent contre ce roi et négocièrent avec Démétrius III le retour de la Judée sous domination séleucide (vers –93).
Quant à Damas, cela ne désigne pas spécifiquement la ville de Damas, mais plutôt la Damas Biblique qui inclut la ville de Damas autant que les régions transjordaniennes (Iturée, Trachonitide, Gaulanitide, etc.), officiellement conquises par Aristobule Ier, mais dont le règne fut tellement court (moins d'un an) qu'il ne put les administrer, tâche qui reviendra à son frère Alexandre Jannée. À l'époque de ce roi, la ville de Damas était visible des frontières de la Judée, qui se trouvaient à 8km de cette ville. On voit pour les Judéens ce retournement incroyable de situation, quand la Judée devient indépendante en –152, elle se limite à Jérusalem et Jérusalem est à quelques kilomètres de l'État séleucide; 50 plus tard, c'est le contraire, les frontières judéennes sont à quelques kilomètres de Damas).
Le chercheur de la Torah est donc Alexandre Jannée, ce qui explique la prière faite pour ce grand roi et retrouvée à Qumran:
Lève-toi, ô Saint, en faveur du roi Jonathan [Alexandre Jannée] et de l’ensemble de ton peuple, Israël, qui est (dispersé) par les quatre vents du ciel. Puissent-ils avoir tous la paix et celle-ci être sur votre royaume et que votre nom soit béni. [4Q448, colonne B, lignes 1–9.]
Le reste devient assez facile à comprendre, Ephraïm fait allusion aux pharisiens par similitude phonétique Epharïm/Pharisiens. Quant aux sadducéens, ils sont appelés Manassé en référence à un petit-fils de Moïse qui participa à un culte idolâtre (voir Juges 18, 14–31).
La maison d'Absalom mentionné dans le Pesher Habakuk 5, 8–11 est probablement une allusion à Absalom le beau-père et oncle d'Aristobule II qui fut capturé par les Romains. C'est probablement cet Absalom qui est le prêtre impie car il facilité la mise à mort du Maître de Justice, Diogène par l'homme de mensonge. 
Aristobule II en qui les assidéens mirent beaucoup d'espoir est celui qui porte le nom de vérité (Arisobule signifie en grec «bon conseil»), etc. Nous ne détaillerons pas cela ici.



Qu'est-ce que cette découverte de la falsification de Flavius Josèphe sur les esséniens aura comme conséquence sur le christianisme?


En fait, les esséniens et Jésus ont de nombreux parallèles, comme de nombreuses dissemblances, mais tant les esséniens que Jésus sont dits ne pas s'être révoltés contre Rome. Si c'est faux pour les esséniens, il est probable que c'est faux aussi pour Jésus. Tant les esséniens que Jésus ont dû appartenir à des courants piétistes et rigoureux, fortement apocalyptiques, révolutionnaires, nationalistes et anti-romains.
Les passages des évangiles affirmant que «tendre l'autre joue» ou de «faire deux mille quand on en demande un» (allusion aux légionnaires romains qui pouvaient réquisitionner les habitants des provinces romaines comme la Judée en les obligeant à porter leurs affaires pendant 1 mille) sont probablement des réécritures tardives en vue de faire de Jésus un pro-Romain. 
Les passages des évangiles montrant Jésus proche des publicains sont probablement aussi des réécritures en vue de nuancer Jésus qui est plutôt zélote.
Idem le passage sur rendez à César ce qui est à César. 
Enfin le personnage de Judas Iscariote, fils de Simon Iscariote est facile à identifier et à comprendre. Simon Iscariote est Simon le Sicaire (le fils du révolutionnaire anti-romain Judas le Galiléen qui déclencha la révolte de 6), qui fut crucifié par Tibère Alexandre vers 47, Judas Iscariote est donc Judas le Sicaire qui livre Jésus parce qu'il ne veut pas faire la révolution contre les Romains, c'est trop beau pour être vrai. Judas a été inventé pour dissimuler les aspects sicaires et zélotes de Jésus. Idem pour Barabas, afin de différencier Jésus des Juifs qui se révoltent contre Rome.)
Au centre des évangiles, il n'est nullement question de la divinité de Jésus, mais bien plutôt de la constitution d'un judaïsme romanisé qui a abrogé les principales lois juives (circoncision, sabbat, nourriture cashère.)
Les raisons de la crucifixion de Jésus sont obscures, mais pourraient être simplement liées au conflit de la hanuth avec Qaïphe. Ce dernier fit transférer le marché des viandes et des changes dans le Temple même (les monnaies à effigies qui étaient utilisées dans l'Empire romain étaient interdites à Jérusalem, raison pour laquelle ce marché était en-dehors de Jérusalem); ce qui provoquera une insurrection du bas-clergé avec probablement Jésus à sa tête comme cela est raconté dans les évangiles. Qaïphe n'aura pas obtenu de majorité au Sanhédrin pour le liquider, il le transférera alors à Pilate pour le faire exécuter, ce qu'il fera afin de liquider un dangereux chef révolutionnaire. 
La narration évangélique vise surtout à faire retomber la mort de Jésus sur les Juifs (signalons que le papyrus egerton qui ne comporte qu'en feuillet contient des fragments d'un évangile antérieur aux quatre canoniques) et dit clairement: «les chefs des Juifs» là où Jean écrit: «les Juifs». Les chrétiens postérieurs feront du différent qui opposait les autorités du Temple à Jésus, un différent dans lequel les Juifs dans leur ensemble s'opposaient à Jésus. 
Quant au gentil Ponce Pilate qui ne crucifie Jésus qu'à contre-cœur, il ne correspond pas à la réalité historique du personnage.
Dans ce cadre, Jésus est plus probablement un prince-prêtre hasmonéen (voir sa généalogie lucanienne dans laquelle Jésus est dit fils de Joseph, fils d'Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï. Or ces trois derniers noms peuvent se lire Yannay Roi et lévite, donc Alexandre Jannée Roi de Judée et grand prêtre...) plutôt qu'un fils de David, la descendance en droite ligne du roi David à l'époque comme aujourd'hui fait encore débat. Les descendants du roi David étaient inconnus pour Hérode, par contre les descendants des Hasmonéens restaient une menace pour lui. On peut parfaitement admettre que Jésus descendait d'Alexandre Jannée par les femmes ce qui en aurait fait un héritier potentiel de la Judée en remplacement d'Hérode.
Les mentions de Jésus en tant que fils de David existent dans les évangiles, mais sont elles légitimes,  ou furent-elles composées en réaction à Bar Kokheba qui prétendait descendre du roi David.

L'existence d'un Jésus Qohen est largement attestée par l'épître aux Hébreux, par exemple, de plus les évangiles, malgré les réécritures conservent les traces d'un Jésus fut un fils d'Aaron et non un fils de David.
En Matthieu 17, 24–27, où nous lisons :
Lorsqu’ils arrivèrent à Capernaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s’adressèrent à Pierre, et lui dirent : « Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? » — « Oui », dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit : « Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? de leurs fils, ou des étrangers ? » Il lui dit : « Des étrangers. » Et Jésus lui répondit : « Les fils en sont donc exempts. Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et tire le premier poisson qui viendra ; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. »
Nous sommes censés déduire de ce passage que Jésus est le Fils de Dieu, et donc qu’il ne doit pas payer la redevance au Temple.
Malheureusement, à l’époque, une controverse existe entre les pharisiens et sadducéens. Les premiers estiment que les prêtres ou qohen aaronides doivent payer la redevance au Temple, les seconds estiment, au contraire, qu'ils ne doivent pas payer cette redevance parce qu’ils sont fils d’Aaron et qu’ils sont astreints au sacerdoce sans en avoir le choix, puisque le sacerdoce juif est héréditaire. Et donc ce passage prend une tout autre sens, il nous suggère que Jésus était un qohen et qu’il refuse de payer la redevance exigée par les pharisiens.
Un autre passage montre aussi Jésus défendre certains structures sacerdotales contre les pharisiens laïcs (Matthieu 23, 6) :
Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères.
Les phylactères sont des petites boites cubiques que les Juifs portent sur le front et sur le bras gauche quant ils font leurs prières. Un seul personnage porte un phylactère rectangulaire, c’est le grand-prêtre de Jérusalem. Autrement dit Jésus accuse les pharisiens de vouloir s’emparer de la grande prêtrise.
L'allongement des franges des talith possède aussi une ambiguïté tzitzit signifiant tresse, il est possible que le mot «vêtement» soit un ajout; Jésus reprocherait alors aux pharisiens de se laisser pousser les cheveux sans prendre des vœux de naziréat...

Dans la péricope des marchands chassés du Temple, on peut se poser la même question que pour la redevance au Temple, Jésus agit comme fils, mais comme fils de qui? D'après les chrétiens, comme Fils de Dieu, mais on peut tout autant admettre comme Fils d'Aaron.

L'idée d'un Jésus hasmonéen et fils d'Aaron permettrait de comprendre les tortures que les évangiles doivent réaliser pour faire naître Jésus à Bethléem. D'après Luc, Joseph est de Nazareth et vient à Bethléem pour se faire recenser (ce qui est absurde, puisque le recensement ne concernait pas la Galilée) et Jésus nait en 6; d'après Matthieu, Joseph est de Bethléem et Jésus nait entre –6 et –4, à l'époque du roi Hérode.



Stephan Hoebeeck




vendredi 13 novembre 2015

Les problèmes des noms de Jésus (°isa), Esdras (°uzayr) et d'Henoch ('idrîs) dans le Coran: la preuve des origines nazaréennes de l'islam

Le Coran contient des traductions de textes esséno-sadducéens: la preuve par les versions arabes des noms de Jésus, d'Esdras et d'Hénoch

Introduction
Lorsqu’un crime est commis on ne peut identifier le coupable qu’à partir de ses erreurs; il s’agit souvent de minuscules détails auxquels il n’a prêté aucune attention et qui permettent aux enquêteurs de remonter jusqu’à lui et de le confondre. L’analyse de tels détails est souvent complexe: il faut s’en apercevoir, il faut les comprendre. Les jurés qui doivent se prononcer sur une condamnation doivent souvent le faire sur un tel point de détail; des séries télévisées comme «Les Experts» ont néanmoins habitué le public à ce genre d’investigations. La découverte des falsifications historiques quelqu'elles soient ne procèdent pas autrement.
La thèse musulmane est que le Coran a été dicté par un ange à un homme appelé Muhammad qui a répété à ses contemporain les paroles qu’il recevait de Dieu. D’autres, comme nous, estiment au contraire que le Coran contiendrait des traductions de textes nazaréens qui résidèrent à Petra.


Sur les Nazaréens
Le Coran écrit au verset 62 de la Sourate II:
Certes, ceux qui ont cru et ceux qui ont adopté le judaïsme, et les nazaréens et les sabéens, etc.
Les chrétiens, un des sens du mot nazaréen, n’ont jamais judaïsé; ce mot (نَّصَٰرَىٰ n ts r â) désigne plutôt des esséniens ou nazaréens, en hébreu notzèrîm, les «gardiens»; quant aux sabéens, que l’on traduit parfois par les «convertis», ce mot ( صَّٰبِءِينَ   ts b ‘ î n) vient de l'hébreu et/ou de l’araméen (ts b, «soldat, armée») soit, plus vraisemblablement, du syriaque (ts b ‘, «conversion par submersion» d’après Yehudah Segal). La traduction plus correcte serait ainsi:
Certes, ceux qui ont cru et ceux qui ont judaïsé, [ce sont] les nazaréens (Gardiens) et les sabéens (baptistes ou soldats), etc. 
Sabéens et Nazaréens ne sont probablement pas deux religions différentes, il s’agit des disciples esséno-sadducéens qui suivirent El_Qasay et qui, quoi que non-juifs, combattirent les légions romaines avec les Juifs pendant la Révolte des Communautés (115–118); ils en payèrent le prix fort, et subirent le même sort que les Juifs en étant exterminés comme eux; les survivants se dissimulèrent sous forme de petites communautés en Syrie et à Petra… Les communautés syrienne disparurent, ou plutôt adoptèrent le dualisme radical et devinrent ceux dont le mouvement religieux est connu sous le nom de manichéisme, fondé par un elqasaïte du nom de Mani; c'est ce qui explique que ces communautés eurent en leur possession le Livre des Géants qui correspond au Sefer_Nefilim trouvé à Qumran. Les communautés nazaréennes de Petra vivotèrent pendant plusieurs siècles, entourées de païens et ensuite, de chrétiens. La ville de Petra fut fortement endommagée par de nombreux séismes (363, 419, 551, etc.; ce fut le début de l’exil pour les nazaréens qui se réfugièrent en Arabie en y convertissant des tribus à leur version particulière du judaïsme. Un spécialiste, Dan Gibson, dans Quranic Geography a montré que les plus anciennes mosquées (avant 700) étaient dirigées non vers La Mecque mais vers Petra; ce n'est qu'après 750 que la direction (qibla) changera vers La Mecque. De plus, de nombreuses descriptions de La Mecque transmises par le Coran ou les Hadith correspondent à la cité de Petra et non à La Mecque (mentionnons la forêt près de La Mecque, les vignes près de La Mecque, les montagnes qui entourent La Mecque, toutes ces choses n'ont jamais été découvertes et toutes les analyses montrent qu'il n'y a jamais eu de vignes près de La Mecque, voire de forêt). Il estime que le sanctuaire (le Cube ou Ka'aba) pourrait avoir été déménagé à la fin du VIIe siècle. 
Il est difficile de savoir la différence exacte entre sabéens et nazaréens, néanmoins si différences il y avait, le sabéisme est une purification par l'eau, le nazaréisme est une purification par le feu. On peut enfin considérer, et c'est notre cas, qu'il ne s'agit que d'une seule école, mais de la répartition de ses pratiques en pratiques préliminaires de l'école (purification par l'eau) et en pratiques secrètes (purification par le feu ou angélique).


Sur Isa
Le nom arabe de Jésus est très curieux, il s’agit de °îsâ (عيسى). En hébreu son nom Yèhôshu°a (יהושע), donc Josué, éventuellement abrégé en Yèshu°a (ישע) ou en Yèshû°a (ישוע). Si on translittère le nom de °îsâ en hébreu, nous obtenons un tout autre nom (עישא); c’est-à-dire °ayin yod sin ‘alef. La plupart des historien sont perplexes sur cet °ayin initial qu’ils comprennent assez mal; il y a bien un °ayin de le nom hébreu de Jésus, mais à la fin du nom, pas à son début. 


Interlude sur les esséniens et le Maître de Justice
Si depuis longtemps, on avait confronté les manuscrits de la Mer Morte, particulièrement les Hôdayôth, avec l’œuvre de Flavius Josèphe, on aurait facilement deviné le nom du Maître de Justice; en effet, ces psaumes contiennent d’innombrables allusions au règne d’Alexandre Jannée, ce qui permet de déterminer le cadre temporel; ensuite, on sait que le Maître de Justice des esséniens fut exécuté par les pharisiens, et Flavius Josèphe mentionne deux personnages qui pourraient correspondre à cette description, Onias Traceur de Cercle (Honi HaMe'aguel) et Diogène.
Onias Traceur de Cercle est un célèbre faiseur de miracles exécuté par les pharisiens qui soutenaient Hyrcan II contre son frère Aristobule II (soutenu par l’aristocratie), du moins d’après Flavius Josèphe; mais le Talmud donne une autre version de l’histoire. Cette identification de Onias au Maître de Justice a de nombreux défenseurs, mais nous ne voyons pas en lui le Maître de Justice des Esséniens, plutôt un essénien important. Le Talmud en faisant un descendant de Moïse il n’était alors pas prêtre mais simple lévite.
Diogène n’a jamais été considéré, avant nous, comme ayant été le Maître de Justice, Flavius Josèphe le présente comme le second d’Alexandre Jannée et le responsable de la crucifixion de 900 pharisiens exécutés pour haute trahison (ils avaient livré des villes judéennes aux Syriens et constitué des troupes juives qui s’étaient mises au service de Démétrios III, roi de Syrie de –96 à –88). Le responsable de ces exécutions (d’ailleurs prévue dans le Rouleau dit du Temple retrouvé à Qumran, mais qui serait plus opportun d’intituler Code Sadducéen auquel ce rouleau correspond {notons tout de suite que les aspects fiscaux du Rouleau du Temple n'ont jamais été compris, et ce sont bien les aspects de la fiscalité sadducéenne bien plus lourde que la fiscalité pharisienne qui ont poussé certains Judéens à la révolte contre Alexandre Jannée}) est souvent vu comme un soldat, alors que le Maître de Justice était certainement un qohen, un prêtre descendant d'Aaron. Diogène est documenté par une autre source que Flavius Josèphe, savoir une version syriaque du Livre des Macchabées, parfois appelée le Cinquième Livre des Machabées, (et publiée dans Livres Apocryphes de l’Ancien Testament, Tome IV. Paris, Desprez et Desessartz, 1717) qui dit:
Les Sadducéens avoient pour Chef un certain Diogenes, qui par son grand crédit auprès d'Alexandre, avoit autrefois porté ce Prince à faire mourir huit cens Pharisiens. Alors les Princes des Pharisiens étant venus trouver la Reine lui représentèrent tout ce que Diogenes avoit fait contr'eux & lui demandèrent la permission de le tuer, & ils l’obtinrent, etc. (Les Machabées, Livre IV, Chapitre XXXII, page 111).
Il serait étonnant que le chef des Sadducéens n’ait pas été un qohen… Flavius Josèphe dit:
C'est ainsi qu'ils [les pharisiens] firent mourir un homme de marque, Diogène, qui avait été l'ami d'Alexandre. (Guerre, Livre I, Chapitre V, §3)
Un homme de marque est dans le vocabulaire de Flavius Josèphe un qohen; il rappelle en permanence dans son œuvre que dans le Judaïsme, l’aristocratie est sacerdotale. Maître de Justice pourrait d’ailleurs être un nom poétique pour Chef des Sadducéens, en effet, dans l’Écrit de Damas, les esséniens s’appellent les «Fils de Sadoq», c’est-à-dire les «Fils de la Justices», donc les «Justes», les Sadducéens… On sait que le Maître de Justice disait aussi de lui qu’il était l’«Ami du Roi»; on a trop facilement supposé que cela signifiait exclusivement «l’ami de Dieu», mais l’expression pourrait aussi signifier plus prosaïquement qu’il était l’ami du roi de Judée, savoir Alexandre Jannée. Notons que «l’ami du roi» pourrait aussi faire allusion à la Maison de Theophilos (probablement Yedidyah en hébreu), une des grande lignée sacerdotale de la classe de Yehoyariv, la plus importante classe sacerdotale à laquelle appartinrent tant les hasmonéens que Flavius Josèphe. Ce dernier est d’ailleurs probablement un des fils du dernier grand-prêtre Mathathias Théophilos II, ce qui expliquerait sa nomination à 27 ans comme commandant des forces insurrectionnelles de Galilée avec entre 50 et 100000 hommes sous ses ordres.
On nous dira que Flavius Josèphe dit des esséniens que ce sont des pacifistes, or Diogène, le bourreau des pharisiens, ne correspond pas à la description du pacifiste… Les esséniens ne furent évidemment pas des pacifistes comme le démontre leurs textes trouvés à Qumran, ce sont des révolutionnaires eschatologique qui combattent pour la venue du Royaume de Dieu comme en témoigne la Règle de Guerre. Jean Le Moine dans son étude sur les Sadducéens (Les Sadducéens. Paris, Lecoffre et Gabalda, 1972) a bien compris qu’identifier les sadducéens à des épicuriens comme le prétendent Flavius Josèphe et les évangiles est intenable historiquement; il estime que les sadducéens historique sont plus probablement des prêtres nationalistes. En fait, nous soupçonnons fortement Flavius Josèphe d’avoir volontairement embrouillé les cartes pour constituer auprès des empereurs romains un judaïsme pacifique. Les esséniens n’ont donc jamais existé, ils sont une fabulation afin de permettre au judaïsme sacerdotal de survivre. 
La conception des quatre écoles juives doit être comprise comme suit: Les pharisiens sont les ancêtres des rabbins et les ennemis de Flavius Josèphe, il s’agit du courant laïc du Judaïsme;  les sadducéens sont les tenants du Judaïsme sacerdotal, mais fortement militarisé et apocalyptique dans son ésotérisme.
Les trois écoles suivantes sont des excroissances de l'authentique sadducéisme:
  • Ceux que Flavius Josèphe appellera sadducéens et qu'il décrira comme des épicuriens matérialistes sont ceux qui se compromettent avec les pharisiens, en acceptant la corruption du Temple et en appliquant les prescriptions pharisiennes en matière des sacrifices (on peut se référer au Miqsat Ma’ase ha-Torah ou Quelques Préceptes de la Torah dont les décisions juridiques sont en opposition frontale à celles des Rabbins du Talmud); 
  • les sadducéens qui ne se compromettent pas avec le pouvoir romains sont les sicaires ou zélotes, mais présentés comme des pharisiens, Flavius Josèphe se contente de jouer sur le double sens du mot pharisien, perûshîm signifiant à la fois les «séparés» et «ceux qui interprètent avec exactitude», sous entendu, la Loi;
  • les sadducéens qui ne se compromettent pas avec les décisions rabbiniques relatives aux sacrifices sont les esséniens, présentés comme d’innocents juifs pacifistes tués par erreurs par les Romains, comme Jésus fut exécuté par erreur, ainsi que Jacques… quant à leur doctrine, Flavius Josèphe la présente comme un pythagorisme juif (le must des spiritualités pour les Romains), l’essénisme est simplement l’interprétation ésotérique de la Torah que pratiquaient les sadducéens. 


°îsa est-il Jésus ou °asayah-Diogène, le Maître de Justice?
Mais revenons à Diogène. Ce nom n’est pas hébreu, mais est probablement une traduction de son nom hébreu, comme par exemple Mathithyahû est parfois rendu par Mathathias ou par Dosithée, voire Théodore, Théodose, Dorothée, tous ces noms signifient «Don de Dieu». La rétroversion vers l’hébreu n’est pas toujours facile et il peut y avoir plusieurs possibilités: Mathithyahû, Yonathan et Nathana’èl signifient tous trois «Don de Dieu»; il peut donc s’avérer difficile de savoir si un Juif s’appelant en grec Dosithée s’appelait en hébreu Mathithyahû, Yonathan ou Nathana’èl. 
Diogène signifie «Fabriqué ou fait par Dieu» ce qui correspond à deux prénoms hébraïques attestés par la Bible °asayah hébreu עשיה ou, moins vraisemblablement, °asay’èl, hébreu עשיאל
Ce nom, °asayah commence bien par un °ayin et est probablement à l'origine du °isa coranique, ce qui montre que le Maître de Justice sous son identité réelle continuait d’être révéré des siècles après sa mort. Le succès du Jésus des chrétiens finit néanmoins par l'éclipser et, à l'époque où le Coran fut rédigé (VIe–VIIe siècle), les deux personnages, Jésus et °asyah se sont confondus. Les musulmans disent que °îsâ fut créé par Dieu, ce qui ne manque pas d’humour, parce que c’est simplement le sens de son nom, en effet °asyah provient de la trilittère °/s/h (עשה) qui signifie «créer, fabriquer» et de Yah (יה) ou de ‘èl (אל) qui signifient Dieu; son nom signifie donc «créé ou fabriqué par Dieu». 
Le °îsâ des musulmans a le nom et quelques caractéristiques du Maître de Justice °asayah, mais la majorité de ses caractéristiques proviennent du Jésus du christianisme hérétique ou non.


Sur Idris
Idris apparaît dans deux versets du Coran, d’abord en 21, 85–86:
Et Ismaël, Idris et Dhul-Kifl qui étaient tous endurants que Nous fîmes entrer en Notre miséricorde car ils étaient vraiment du nombre des gens de bien.
Et en 19, 56–57:
Et mentionne Idris, dans le Livre. C’était un véridique et un prophète. Et nous l’élevâmes à un haut rang.
Idris est identifié à Hanokh, mais parfois aussi à Hermès Trismégiste (ce qui permit aux alchimistes de ne pas être trop persécutés par les autorités musulmanes, et même de voir quelques uns de ses traités traduits en arabe).
Le nom d'Idris n'a cessé d'être mystérieux, il s'écrit en arabe '(alif)dris (إدريس), et on ne voit pas bien le rapport entre Henoch (hébreu Hanokh חנוך) qui signifie à la fois «instruire», «initier», «inaugurer» et même «bâtir, édifier» (notons que la fête de Hanûkah provient de la même trilitère et signifie la Fête de l'Édification, en hébreu hag_hahanûkah חג החנוכה, {quasiment «la Fête de Hanokh», à une lettre près} donc Fête de l'«inauguration» sous-entendu le Temple; cette fête fut établie après que Yehudah Macchabée eut purifié le Temple de la profanation qu'en firent les Séleucides). 
Le nom d'Idris semble venir de l'hébreu d/r/sh (דרש) qui signifie ֵ«instruire», «chercher»; mais cela n'explique pas le nom. Or les manuscrits de Qumran parlent d'un autre mystérieux personnage, qu'ils appellent le Dôresh_haTorah (דורש־תורה), c'est-à-dire «l'Instructeur de la Loi», il s'agit certes d'un titre, probablement d'un des titres du Maître de Justice, voire de Hanôkh lui-même; mais avec le temps, le titre a pu se transformer en nom. C'est l'origine la plus vraisemblable du nom d'Idriss. Donc, lorsque les manuscrits nazaréens ou pré-Coraniques furent translittérés d'araméen en nabatéen, et ensuite de nabatéen en arabe, des fautes auront été commises sur les noms. Quant à l'adjonction du 'alif initial (DRS > 'iDRIS),  il fut probablement ajouté par les traducteurs des feuillets araméo-nabatéens qui servirent à rédiger le Coran, pour des questions de sonorité, du moins, après avoir pris ce titre d'«Instructeur de la Tôrah» pour un nom propre. 


Sur °uzayr
°uzayr apparaît deux fois dans le Coran d’après les commentateurs musulmans, puisqu’ils pensent que le verset 2–259 du Coran qui parle d’un homme qui aurait été ressuscité après une centaine d’année, et cela, suite à ses interrogations sur la résurrection en voyant une ville détruite, serait °uzayr. Mais cette histoire doit plutôt se rapporter à Onias Traceur de Cercles (voir ci-dessus). En effet, d’après, le Talmud, il dormira pendant 70 ans mais, à son réveil, personne ne le reconnut. La ville détruite que mentionne le Coran correspond bien à Jérusalem en –63 qui est ravagée par la guerre fratricide d'Hyrcan II et d'Aristobule, et qui bientôt va être quasi détruite par Pompée. Le seul verset qui, pour nous, parle d’°uzayr se trouvent en Coran 9–30:
Les Juifs disent: «°uzayr est fils de Dieu» et les nazaréens [ici au sens de chrétiens] disent: «Le Messie est fils de Dieu». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Que Dieu les anéantisse! Comment s’écartent-ils (de la vérité)?
°uzayr s’écrit en arabe عزير, ce qui se translittère en hébreu עזיר, (°ayin, zayn, yôd et resh), ce qui correspond quasi parfaitement au nom °ezrâ qui s’écrit en hébreu עזרא. °uzayr doit donc être identifié à °èzrâ le Scribe plus connu en français sous le nom d’Esdras. Sauf que le verset est extrêmement problématique puisqu’il n’existe nulle trace que des Juifs auraient jamais considéré °èzrâ comme un fils de Dieu. Il n'est néanmoins pas impossible que les esséniens aient décrit le Maître de Justice comme étant un «Fils de Dieu», c'est-à-dire dans leur vocabulaire, comme d'un homme ayant atteint vivant l'état angélique; notre esprit grec nous pousse à croire que le titre de «Fils de Dieu» veut dire que Dieu aurait un fils, alors qu'en hébreu «fils de Dieu» est une forme poétique pour dire «les anges»; un homme angélique est donc un homme qui a, dès cette vie-ci, atteint l'état de ressuscité, il est entré vivant dans l'éternité, c'est ce qu'on appelle aussi l'angélomorphisme. Mais la question n'est pas là, pourquoi °ezrâ? Un texte que l'on sait aujourd'hui avoir été très prisé par les esséniens et rejeté par les pharisiens, c'est la Sagesse de Ben Sira, que l'on appelle aussi le Siracide ou l'Ecclésiastique. Ce texte qui fut composé vers –200 possède une énigme: à la fin du livre, il cite les grands noms du judaïsme, et un nom manque, celui d'°ezrâ; il cite Néhémie, il cite Zorababel, mais pas °ezrâ. Cette étrangeté a interloqué la plupart des spécialistes qui se demandent comment l'homme qui a reconstitué la Torah alors qu'elle était perdue suite à la destruction du Temple fait pour être absent de ce texte; reconstituer la Torah après qu'elle ait été perdue n'est quand même pas une action secondaire dans l'histoire du Judaïsme, imaginons que sans lui, nous n'aurions pas le Pentateuque. Un tel oubli ressemble plus à un rejet; qu'à un oubli, tant l'absence de son nom est incompréhensible. Parmi les manuscrits de Qumran, on a retrouvé qu'un seul exemplaire du Livre d'Esdras, 4Q117, et les trois fragments se réfèrent à Zorobabel, (la composition du Livre d'Esdras ressemble beaucoup à un centon, il n'est donc pas impossible que les passages n'appartiennent pas au Livre d'Esdras, mais à une composition qui y fut intégrée, il s'agit de fragments rappelons-le); à titre de comparaison, on a retrouvé les fragments de quatre exemplaires du Livre de Ruth. Un des points clés qui pourrait expliquer le rejet au moins partiel d'Esdras est son refus des mariages mixtes, qui sont par contre admis dans le Rouleau du Temple (la compagne d'un Juif est juive après sept ans de mariage). Autre point, °ezrâ quand il a rejeté un certain nombre d'israélites qui avaient épousé des non-juifs n'a jamais proposé de conversions... Or les conversions semblent largement admises dans le sadducéisme, parfois même forcées: les iduméens furent convertis de force par Jean Hyrcan et les ituréens par Alexandre Jannée. Flavius Josèphe décrit les sicaires comme pratiquant des conversions forcées, ou semi-forcée: la circoncision ou la mort. En d'autres endroits nous avons montré que l'évangile contient des allusions à Bannous, un disciple de Jean le Baptiste et le maître spirituel de Flavius Josèphe est un converti (c'est lui qui est appelé l'Égyptien et qui commanda la révolution antiromaine de 55, vite mâtée par le procurateur Antonius Felix; et c'est probablement lui qui fut exécuté en 62 par Hanan ben Hanan et non Jacques frère du Christ, probablement pour empêcher une tentative d'insurrection pendant la vacance du pouvoir romain, le précédent procurateur étant décédé soudainement et son successeur était encore en route vers la Judée). Les mariages mixtes sont un vieux problème du judaïsme, pas par racisme comme veulent le croire les antisémites, mais tout simplement parce que de nombreux/ses converti(e)s ne sont pas prêts à appliquer les règles de pureté exigée normalement d'eux (voir la mère de Samson qui était une non-juive et qui doit encore se faire enseigner le judaïsme alors qu'elle était déjà enceinte de son fils, par un ange de surcroit.) Si réellement les mariages mixtes avaient été interdits par Dieu, Moïse n'aurait pas deux fois épousé des non-juives; on pourrait encore dire que Sephorah, c'est avant qu'il reçut la Torah, mais sa seconde épouse, c'est après qu'il l'eut reçue, on peut donc en conclure que dans la révélation qu'il eut de Dieu rien ne s'y opposait.  L'importance du Livre de Ruth (le discours d'une convertie) pour les esséniens et l'autorisation de tels mariages dans le Code sadducéen (le Rouleau du Temple), pourrait montrer que c'est bien pour cette question qu'ils refusèrent °ezrâ/Esdras. Rappelons d'ailleurs que les sadducéens étaient patrilinéaires et donc qu'un enfant issu d'un Juif et d'une non-juive était Juif, alors qu'il ne l'était pour les pharisiens qui étaient matrilinéaires, pour ces derniers, c'est les enfants d'un non-juif et d'une juive qui était Juif.
Mais revenons à °uzayr. Il est certain que son nom se réfère à °ezrâ/Esdras, mais sa description comme «Fils de Dieu» correspond soit à Hanôkh, soit au Maître de Justice qui tous deux sont considérés comme ayant atteints un état de ressuscité dès cette vie-ci et sont qualifiés d'«Instructeurs» (notons que Moïse aussi). Mais alors comment a-t-on fait pour passer de ces sages à °uzayr/°ezrâ? Nous pensons que la réponse est plus simple qu'il n'y paraît. Le Coran n'est pas l'œuvre d'un seul homme, il y eut de nombreux groupes qui travaillèrent, et donc des contradiction qui s'édifièrent. Un éditeur qui sévissait dans les années 45, responsable des éditions de la Boétie avait trouvé une idée géniale pour traduire des romans sans débourser un franc, il passait une petite annonce pour dire qu'il voulait engager un traducteur russe-français, et puis il recevait plusieurs candidats à qui il remettait un certain nombre de pages d'un livre de Dostoïevsky et il leur demandait de traduire un paquet de pages comme test. Tous ces gens connaissaient le russe, les traductions ne posaient pas de problèmes; mais, quand on arrive à la translittération des noms, il y a toujours des habitudes de traducteur, c'est ainsi que l'on retrouve dans un même titre le prénom Yvan, orthographié dans une suite de pages IVAN et dans une autre suite de pages YVAN, mais aussi d'autres noms de personnages comme Pavel qui devenait alternativement PAVEL, PAWEL, PAUL ou POL suivant les traducteurs, ainsi que FIODOROVITCH ou FÉDOROVITCH... Il s'agit de marques que plusieurs traducteurs ont travaillé à la traduction sans s'être concertés... C'était évidemment une escroquerie, mais elle est symptomatique d'une pluralité de mains, c'est probablement ce qui s'est passé avec °uzayr. Les traducteurs vers l'Arabe ont trouvé, DRS, mot qui signifie «Instructeur», les uns en ont fait 'idrîs (voir ci-dessus) et les autres on voulu savoir à quel prophète correspondait DRS ou 'idrîs, or la seule identification phonétiquement proche qu'ils auront pu trouver, c'est le nom grec d'°ezra, savoir Esdras; ils auront ultérieurement appris qu'Esdras se dit °ezrâ en hébreu et auront préféré le translittéré en °uzayr, plus logique à leurs yeux. 
1. DRS (Instructeur confondu avec un nom inconnu) > Idrîs
2. DRS (Instructeur pris pour le nom grec d'°ezrâ, savoir Esdras) > °uzayr
Idris et °uzayr sont un seul un même personnage qualifié d'Instructeur et dont le titre fut identifié à des prénoms.


Conclusions
Le Coran est issu de textes nazaréens en usage à Petra et traduits ou translittérés en arabe au début du VIIe siècle. Les traducteurs furent perplexes face à certains noms ou titres et y accumulèrent les confusions. Ils confondirent le nom authentique du Maître de Justice, °asayah avec le Jésus des chrétiens, donnant le nom du premier aux qualités du second; ils confondirent aussi un des titres du Maître de Justice, «Instructeur», qu'ils prirent pour un nom, les uns l'arabisèrent en 'idrîs, les autres crurent à une erreur pour Esdras, et en firent °ûzayr en arabisant le nom hébreu °ezrâ
L'origine nazaréenne du Coran rend ce texte beaucoup plus clair, même si d'autres origines doivent être considérées: la sourate III, par exemple, contient des citations du Proto-évangile de Jacques et d'autres évangiles de l'enfance, textes que devaient avoir en horreur les authentiques nazaréens. 
Il faut considérer que les nazaréens quoique convertis et descendants de convertis en vinrent à se considérer eux-mêmes comme Juifs; ils convertirent des tribus Arabes à leur forme du Judaïsme. Ces tribus vinrent se revendiquer auprès des Rabbins comme Juifs, ce qui dut leur être refusé et qui correspondrait à la narration suivante du Coran: quand Muhammad (= les tribus arabes judaïsées) annonce aux Juifs de Médine (les Rabbins) sa mission prophétique (= que les tribus arabes judaïsantes sont authentiquement juives), ce que les Juifs lui dénient (= les Rabbins refusent à ces tribus arabes vaguement judaïsantes de les reconnaître comme Juifs), s'ensuit un processus de rupture entre Juifs et Nazaréens, ces derniers se transformant en l'Islam. 
On peut enfin supposer que l'histoire talmudique sur Jésus, qui se croit rejeté par un rabbin, et qui sort et part adorer une pierre est bien une allusion à Muhammad, ou plutôt aux tribus judaïsantes arabes qui pratiquaient un judaïsme hétérodoxe au possible et qui refusèrent les mesures de conciliation, en se croyant rejetés par les Rabbins; ce qu'ils furent probablement mais pas pour les raisons qu'ils crurent. 
On constate que l'Islam contient de nombreux souvenir du Judaïsme mais complètement transformés; par exemple il n'est pas compliqué de reconnaître que la Ka'aba (le cube de La Mecque) autour de laquelle les pèlerins font sept tours provient des tefilin (il s'agit de petites boites cubiques) que les Juifs portent sur la tête et sur le bras gauche lors de leurs prières quotidiennes, et dont la lanière est tournée sept fois autour du bras comme le nombre de tours faits lors du pèlerinage à La Mecque. Des sabéens, ils reprirent les ablutions que ceux-ci faisaient abondamment, etc. Quand à la soumission (sens du mot islam)/révolte contre Dieu, cela correspond à la doctrine des deux esprits que l'on retrouve dans la Règle de la Communauté (de la colonne III, ligne 13 à la colonne IV, ligne 26).


— Stephan HOEBEECK



jeudi 5 novembre 2015

LES SACRIFICES D'ANIMAUX DANS LES ANCIENNES ÉGLISES CHRÉTIENNES PAR FREDERICK CONYBAERE


Mémoire lu en séance de section au Congrès International d'Histoire des Religions, le 3 septembre 1900.
Cet article a été publié dans la Revue de l'Histoire des Religion, Tome XLIV, n°1, en 1901.

On a tort de penser que pour les premières générations chrétiennes, la nouvelle foi ait partout entraîné la suppression des sacrifices d'animaux. Rien de plus légitime qu'une telle idée, mais rien de plus opposé au lent procès d'évolution des croyances religieuses. Il est vrai que dans le sein même du judaïsme, et bien avant l'apparition de Jésus, il y a eu une critique, quelque peu sévère, des offrandes sanglantes; Philon et Josèphe nous racontent que les Esséniens et les Thérapeutes les ont répudiées. Dans les milieux païens aussi, avant la naissance de Jésus comme pendant les trois siècles qui suivirent, nous pouvons signaler chez les Néo-Pythagoriciens, surtout chez Apollonius de Tyane, des tentatives d'une épuration en ce sens de l'ancienne religion grecque. Assurément ces tendances parallèles et d'inspiration semblable chez les exaltés grecs et juifs, ne furent pas sans exercer leur influence sur les premières communautés chrétiennes, où elles se reconnaissent sous la forme de l'abstention de la chair des sacrifices. En revanche Jésus lui-même semble n'avoir jamais discuté le système sacrificiel de sa patrie juive, et son église s'est recrutée pendant des siècles parmi des races, dans le coeur desquelles le culte sacrificiel était profondément enraciné. Les convertis n'ont pas toujours abandonné subitement les plus anciennes pratiques de l'humanité. Des changements brusques, des «sauts périlleux», l'histoire des religions n'en connaît pas.
Je trouve effectivement dans un ancien Euchologion conservé dans la Bibliothèque Barberini à Rome, plusieurs prières pour le sacrifice d'animaux. C'est un manuscrit qui fut écrit au VIIIe siècle, et qui a été porté au concile de Florence, comme manuel faisant autorité dans l'église byzantine, par les Pères grecs qui y assistèrent. Sur la page 449 de ce codex, sous la rubrique Une prière pour le sacrifice des boeufs se trouve l'oraison qui suit:
Toi qui as l'empire, Seigneur Dieu, notre Sauveur, saint et reposant parmi les saints, qui as commandé à chacun des tiens d'offrir volontairement les choses qui sont tiennes, avec un coeur pur et une conscience sans tache. — Tu as accepté du patriarche Abraham le bélier, au lieu d'Isaac que tu aimais, et daigné recevoir de la veuve son offrande spontanée. Aussi nous as-tu commandé à nous, tes serviteurs pécheurs et indignes, de sacrifier des animaux irrationnels et des oiseaux au profit de nos âmes. — Seigneur et Roi miséricordieux envers les hommes, accepte aussi l'offrande spontanée de ceux-ci, tes serviteurs, en mémoire de celui-ci, ton saint, et daigne la déposer dans les trésors célestes. Donne-leur la pleine jouissance de tes biens terrestres... Remplis leurs greniers de fruit, de blé, de vin et d'huile, et daigne remplir leur âme de foi et justice. Multiplie leurs animaux et leurs troupeaux. Et puisqu'ils t'offrent en rançon de substitution cet animal, puisse sa graisse être comme un encens devant ta sainte gloire. Que l'effusion de son sang soit le pain de la richesse de miséricorde et (la consommation) de sa chair, la guérison de leurs souffrances corporelles. De façon que par nous aussi, tes serviteurs inutiles, soit glorifié le très saint nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit... »
J'ai trouvé cette même prière dans deux autres manuscrits du IXe et du Xe siècle au couvent de Grotta Ferrata. L’un de ces manuscrits porte un titre ainsi formulé Prière pour le sacrifice des boeufs et des béliers. L'autre ainsi: Prière pour le sacrifice des boeufs et d'autres quadrupèdes.
Une autre prière du même genre se trouve dans un de ces deux mss. de Grotta Ferrata avec le titre: Pour le sacrifice des boeufs et des chevaux et des autres animaux. Dans le manuscrit Barberini on trouve également une prière faisant partie du rituel pascal, intitulée Prière de l'agneau, dont voici le texte:
Seigneur, Dieu de nos pères, toi qui as reçu d'Abraham l'holocauste au lieu d'Isaac son fils, reçois aussi, ô Seigneur, l'offrande de cet agneau, et récompense ceux qui l'offrent par l'octroi de dons éternels.
Dans l'un des codices de Grotta Ferrata se trouve encore une autre Prière pour bénir l'agneau et les viandes de Pâques. En voici le texte :
Regarde, ô Seigneur Jésus-Christ, ces viandes, l'agneau et le veau, et sanctifie-les comme tu as daigné sanctifier l'agneau qu'Abel t'avait apporté en holocauste et le veau que le père a fait immoler pour son fils qui s'était égaré, mais qui était revenu à lui. De la même façon que celui-là a mérité de jouir de la grâce, puissions-nous, nous aussi, jouir des choses sanctifiées par toi et bénites pour la nourriture de nous tous. Puisque tu es la vraie nourriture et le distributeur de tous les biens...
Évidemment ceux qui ont écrit cette dernière prière et qui s'en sont servis étaient tellement pénétrés de l'idée de sacrifice, qu'ils ont été jusqu'à interpréter dans le sens de victime et oblation sacrificielle le veau gras de la parabole; et dans la prière trouvée dans les trois manuscrits ensemble, Dieu est représenté comme se plaisant à flairer l'odeur et la fumée des graisses. C'est bien là le caractère du Dieu de Noé, des autres dieux primitifs et des dieux grecs transformés chez les chrétiens en malins démons.
On ne saurait fixer l'époque à laquelle les cultes sacrificiels ont cessé dans les grands centres grecs; mais ce qui est certain c'est que dès le VIIe siècle les Grecs orthodoxes reprochaient toujours aux Arméniens de célébrer un tel culte. Un témoin du Ve siècle, le Sahak catholicos, dans ses canons, témoigne qu'après la conversion de sa nation par saint Grégoire vers la fin du IIIe siècle du roi Trdat, les chefs des familles sacerdotales se rendirent auprès du roi pour se plaindre. Jusqu'à présent, dirent-ils, nous vivions des morceaux des victimes que le peuple nous apportait pour que nous les offrissions en sacrifice aux dieux. Mais après ce changement de religion et la suppression de nos dieux, nous allons mourir de faim. Alors le roi Trdat et son illuminateur, Grégoire, qui lui-même était par naissance doyen de la première famille sacerdotale, consolèrent les associés en leur assurant qu'en devenant chrétiens ils vivraient mieux qu'auparavant, puisqu'ils allaient recevoir non seulement la peau et les os, mais les morceaux lévitiques des victimes, ce qui
serait beaucoup plus satisfaisant. Les prêtres arméniens ne surent résister à cette amorce et adoptèrent presque en masse le christianisme.
On trouve, en effet, dans les rituels de l'église arménienne, plusieurs canons réglant le sacrifice. Les victimes sont le plus souvent des brebis, des chèvres ou des oiseaux. On ne sacrifie plus les boeufs ni les chevaux, soit parce qu'ils ont trop de valeur, soit parce que le bon Dieu préfère des jeunes victimes dont la chair est tendre. Car de telles offrandes sont appelées «tendres» (arménien, matalq), mot que les écrivains de Byzance ont traduit par ματάλια. La vie populaire fournit mainte occasion de sacrifice. En cas de maladie dans la famille ou dans ses troupeaux, on voue un matal à Dieu pour obtenir la guérison. On cherche aussi, en sacrifiant, à obtenir du repos pour les âmes des défunts. Il y a en outre l’agneau pascal.
Les victimes immolées en accomplissement d'un voeu, s'appellent des offrandes dominicales. On présente l'animal à la porte ou narthex de l'église, où l'attend le prêtre ou les prêtres. Celui-ci bénit du sel, et on met dans la bouche de la victimes une poignée de ce sel exorcisé par prières spéciales.
On croit que ce sel, en pénétrant le corps par la bouche, le purifie de la corruption dont la chute d'Adam a infecté toute la création. La victime selon les rubriques doit, pour plaire à Dieu, n'avoir qu'un an et être sans tache. On la revêt d'un tissu rouge, souvent en mettant des bandelettes autour des cornes. On voile aussi avec du papier rouge la croix qu'on apporte pour l'occasion à la porte de l'église. Les grands blocs de pierre qu'on trouve souvent devant les portes des églises arméniennes et que les dévots y roulent dans leurs accès de ferveur, sont, je pense, en réalité des autels extemporisés. Les prêtres tuent les victimes, en mettant une main sur la tête ; et alors suit un banquet, auquel participent très souvent, non seulement le prêtre et le patron du sacrifice, mais aussi les pauvres et toute la congrégation de l'église. Je dois ajouter que les Arméniens avaient et ont même encore aujourd'hui l'habitude de tremper les mains dans le sang des victimes, afin d'en barbouiller les murs et les poutres de leurs maisons et de l'église. Le rite tel qu'on le trouve dans les euchologia comprend, outre la prière, le chant de plusieurs psaumes avec des lectiones des saintes Écritures. Les prières rappellent au bon Dieu les sacrifices d'Abel et de Noé, délicieux à ses narines, et le pur holocauste d'Abraham, en le suppliant d'accepter également ces offrandes qui remplacent les odieuses victimes offertes parfois aux démons païens. Elles lui demandent aussi la foi et la santé, tous les biens terrestres et célestes, pour ceux qui ont apporté les victimes.
Le rite du sacrifice pour le repos des âmes des défunts est un rite à part et séparé. Le nom du défunt est formellement rappelé, en demandant pour lui la miséricorde divine afin qu'il prenne sa place parmi les saints. La consommation de la chair sacrifiée ne semble pas être restreinte au prêtre et à la famille et aux amis du défunt. Les pauvres en ont aussi leur part. C'est en effet un festin funéraire. Les prières ne rappellent point l'idée que l'âme du défunt ait besoin d'être nourrie de la fumée et des odeurs de la chair brûlée. Néanmoins je pense que des croyances semblables survivent toujours parmi les Arméniens, puisque leurs pierres tumulaires portent toujours, à chaque coin, des creux ronds pour recevoir le vin et les mets profitables aux défunts. Mais dans les prières du rituel ce sont les idées expiatoires qui prédominent. Les pères de l'église arménienne se plaignent continuellement des excès d'ivresse et de violence qui caractérisaient les funérailles, et ce rituel est en réalité un essai de modifier ces excès en donnant une empreinte chrétienne aux banquets de la mort.
Reste le sacrifice de l'agneau pascal, qui se célèbre lors de la fête de la résurrection. C'est une fête de famille, et l'on garde l'agneau dans la maison quelques jours auparavant. Évidemment cette cérémonie est d'origine juive, quoiqu'elle ne se rattache plus au 14 du mois de Nisan, mais à la résurrection. Les homélies d'Aphraat témoignent qu'au commencement du IVe siècle l'église syriaque commémorait exclusivement la passion de Jésus, et non sa résurrection; qui en revanche était célébrée tous les dimanches. On n'a rattaché le sacrifice de l'agneau à la résurrection que plus tard. On ne rencontre que très rarement dans les manuscrits arméniens le rituel de l'agneau pascal, par la raison, je pense, que le cérémonial avait lieu dans une maison particulière et nullement dans l'église. Le père de famille était le célébrant, non le prêtre.
Les Arméniens donnaient à ces banquets de chair sacrificielle le nom l’Agape. Ils avaient lieu souvent le soir, et anciennement ils se terminaient par la célébration de l'eucharistie. Au XIIe siècle, le catholicos Sahak devenu membre de l'église grecque et censeur acharné des Arméniens, mais connaissant très bien l'église qui l'avait chassé comme grécisant, reproche violemment à ses compatriotes de n'assister jamais au saint mystère du corps de Jésus-Christ sans s'être préalablement remplis de la chair des sacrifices judaïques. Les Arméniens eux-mêmes ont toujours affirmé que c'est Jacques, frère du Seigneur et premier président de l'église de Jérusalem, qui rédigea le cérémonial de leurs sacrifices, surtout de la bénédiction du sel. Pour justifier ce cérémonial, ils renvoyaient toujours les controversistes grecs et latins à la loi de Moïse et aux écritures lévitiques. Je dois ajouter que déjà au VIIIe siècle le patriarche arménien Jean d'Otzun, qui était quelque peu eu rapport avec l'église byzantine, tâchait de séparer l'eucharistie de l'agape de chair sacrificielle par un intervalle de temps. S'il faut en croire le catholicos Sahak que je viens de citer, il n'y avait pas parfaitement réussi.
L'église géorgienne ou ibérique du Caucase conserve, comme celle des Arméniens, les rites de sacrifice, quoiqu'elle se soit séparée de celle-ci dès le milieu du VIe siècle, pour se rattacher À la communion byzantine. Aujourd'hui l'église russe orthodoxe l'a absorbée, sans cependant avoir pu abolir ces rites particuliers. Assurément on trouvera dans les Euchologia manuscrits des Géorgiens, qui remontent au Xe et peut-être au VIIIe siècle, les mêmes formules, les mêmes canons rituels, que chez les Arméniens.
Dans l'Occident aussi on peut signaler parmi les premières générations chrétiennes un système sacrificiel; et plus d'une fois, dans ses lettres, Boniface, évêque de Mayence, reproche aux missionnaires celtes d'avoir laissé à leurs convertis leurs sacrifices d'animaux, — ce que faisaient parfois en Angleterre les missionnaires du pape lui-même aussi tard que le VIIIe siècle. En Orient et en Syrie c'est surtout l'influence des manichéens qui a porté les églises chrétiennes à abandonner les sacrifices d'animaux.



mardi 11 août 2015

Ce que les Israéliens pensent de Jésus...(Le messie d'Aaron et le messie de David)...


Dans cette vidéo, on entendra de nombreuses réflexions qui ne plairont pas aux chrétiens, ne sont-elles pas pour autant empreintes de sagesse. De nombreux Juifs ont réfléchi à la question de savoir si Jésus était le messie, et leur réponse fut négative, et ils expliquent pourquoi Jésus ne peut pas avoir été le messie.
Il convient néanmoins de remarquer une profonde anomalie, avec la découverte des manuscrits de Qumran, il est devenu clair qu'il existait deux messies, un messie fils de David, qui est un homme qui dirigera le monde au nom de Dieu et un messie fils d'Aaron, qui est un grand-prêtre et l'intermédiaire exclusif entre Dieu et les hommes. La disparition des esséniens fit oublier cette conception. Néanmoins Jésus ressemble-t-il plus à un Messie Fils de David ou à un Messie Fils d'Aaron? Jésus, en effet, a toutes les caractéristiques du Messie fils d'Aaron, inconnu du judaïsme pharisien dont le judaïsme actuel est l'héritier. 
Peut-être serait-il temps que les chrétiens relisent leurs textes, et comprennent que ceux-ci ont subi des réécritures dans le second quart du IIe siècle, les rédacteurs ne devaient plus du tout savoir ce qu'était un messie d'Aaron, et la seule école juive qui subsistait étant celle des pharisiens, dans laquelle ce concept était inconnu; ils supprimèrent donc les références au Messie d'Aaron et aux origines sacerdotales et non davidiques de Jésus, et firent de Jésus, un rabbin, pharisien, fils de David et né à Bethléem, alors que dans le texte primitif des évangiles, Jésus était, un prêtre (qohen), essénien, fils d'Aaron et né à Jérusalem.
Pour les esséniens, le messie fils de David est un chef de guerre qui mettra à mort les impies qui dirigent le monde, le grand-prêtre sera l'intermédiaire entre la terre et les cieux, entre les hommes et Dieu.

Rappelons deux passages de la Bible:
Zacharie 4, 11–14:
11 Je pris la parole et lui dis: "Qu'est-ce que ces deux oliviers à droite et à gauche du chandelier?" 12 Je repris pour la seconde fois et lui dis: "Qu'est-ce que ces deux branches d'olivier à côté des deux tuyaux d'or qui laissent couler le liquide doré?" 13 Il me répondit en ces termes: "Quoi! Tu ne sais pas ce qu'elles signifient? "Non, Seigneur!" répliquai-je. 14 Alors, il dit: "Ce sont les deux hommes consacrés par l'huile, qui se tiennent auprès du Maître de toute la terre!"

Genèse 49, 10:
10 Le sceptre n'échappera point à Juda, ni l'autorité à sa descendance, jusqu'à l'avènement du Pacifique (Shîloh) auquel obéiront les peuples. 

Le sceptre sera conservé par Juda, jusqu'à la venue de Shiloh, jusqu'à, on ne peut-être plus clair.






mardi 4 août 2015

La laïcité survivra-t-elle à l'islamisme?

Même si notre blog est consacré aux sources du christianisme, il est difficile de faire l'impasse sur l'actualité.
Il y a peu a surgi l'affaire du maillot de bain, affaire aux témoignages contradictoires et non concluants (je plains par avance le juge qui devra juger cette affaire, tant elle s'annonce riche en mensonges et en manipulations). Il est d'ailleurs vraisemblable que quelque soit le verdict, la coupable sera une victime pour son camp.
J'ai écouté le discours de la fille musulmane dite l'agresseuse-agressée, j'ai vu les photos que l'on a tiré de son profil facebook, et qu'est-ce que j'ai vu: UNE FILLE PAUMÉE, une fille aux origines musulmanes comme il en existe des milliers:
si elles ne baisent pas, elles n'intéressent personne, et quand elles baisent elles sont des putes, donc elles doivent donner le change, poster quelques photos de filles voilées, aller sur hadith du jour et en poster l'un ou l'autre, critiquer Israël, tout pour faire oublier qu'elles sont paumées. 
Elles vivent dans une société dans laquelle la laïcité a réécrit la sentence de Descartes qui est devenue: «Je consomme donc je suis.»
Mais le mot consommé est proche phonétiquement de consumé, et cette similitude est peut-être comme un avertissement inconscient dont on devrait tenir compte. La société contemporaine n'a pas réfléchi à la limitation des ressources, alors qu'on se dirige maintenant vers leur raréfaction, ce qui implique une augmentation des prix, qui se répercutera sur les prix des biens de consommation, empêchant les plus pauvres, qui deviennent chaque jour plus nombreux, de les acquérir. En effet, la population humaine augmente, mais le travail est confié à des robots plus performants que les humains.
La coexistence pacifique et l'athéisme radical qui furent promues par la laïcité étaient basées sur la richesse qui permettait une consommation importante, OR JUSTEMENT la consommation est entrée dans sa phase descendante; la laïcité radicale, en tant que promotion de l'athéisme, est aussi entrée dans sa phase descendante.
Pourtant, je ne crois pas que la laïcité doive disparaître, mais elle doit être repensée; elle ne peut plus être une promotion de l'athéisme par la consommation (intenable économiquement), ni prendre la défense systématique des plus marginaux ou des plus extrémistes, au non d'une tolérance à sens unique. Un fasciste du XIXe siècle disait, approximativement, je cite de mémoire: «Au nom de vos principes vous devez m'accorder la liberté d'expression; et au nom des miens je dois vous en priver.»

Plutôt que d'accuser cette fille, il convient d'accuser un système qui n'a éduqué ni les hommes ni les femmes.

Quant à la laïcité qui naquit dans les Loges Maçonniques au XVIIIe siècle, c'était un peu le courant mutaziliste (voir la laïcité ancienne en monde musulman) de l'Occident. Il s'agissait de limiter les excès religieux, mais pas d'abolir les religions.
Après Mai 68, la laïcité a évolué vers une promotion de l'athéisme et de l'hedonisme, et a comme dogme de faire coexister pacifiquement l'ensemble de l'humanité, adaptant à son profit la prophétie d'Isaïe qui décrit les temps messianiques de la façon suivante:
le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veau, lionceau et bélier vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira. Génisse et ourse paîtront côte à côte, ensemble s'ébattront leurs petits; et le lion, comme le bœuf, se nourrira de paille. Le nourrisson jouera près du nid de la vipère, et le nouveau-sevré avancera la main dans le repaire de l'aspic. (Isaïe 11, 6–8).
Mais, outre qu'il n'est pas possible de faire coexister des personnes dont la divergence tant au niveau des modes de vie que des idées est telle qu'elle en devient inconciliable, la laïcité omet aussi la conclusion qu'Isaïe donne dans le verset suivant:
Plus de méfaits, plus de violences sur toute ma sainte montagne; car la terre sera pleine de la connaissance de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers. (Isaïe 11, 9).
Pour Isaïe, la pacification du monde passe par la connaissance de Dieu, la laïcité a choisi de s'orienter vers la promotion de l'athéisme, on ne peut faire plus contraire.

La laïcité ne peut plus être la promotion de l'athéisme, il faut néanmoins espérer qu'elle survive sous une forme modérée qui maintiendrait une coexistence pacifique entre des gens, mais cela pourrait être hypothétique... En effet, à force de ne pas prendre des mesures pour contrer l'échec de la coexistence pacifique, remise en cause par les attentats, les menaces, les violences répétées, etc., il ne serait pas étonnant que si la laïcité continue à fermer les yeux sur l'islamisme, les gens finissent par jeter le bébé avec l'eau du bain. On ne peut exclure qu'en Europe émerge une nouvelle radicalité à connotations racialistes pensant que l'islam se transmet avec le code génétique.

Quant à l'avenir, on a des raisons d'être pessimiste, après tout, ce qui succéda aux mutazilistes, c'est le radicalisme. La laïcité, à cause de son refus du réel, va finir par payer un lourd tribut. Les circonstances économiques ne s'inverseront pas avant des décennies, peut-être même plus jamais, excepté décroissance radicale de la population humaine ce qui prendrait au moins cent cinquante ans. Des pays en croissance comme la Grande-Bretagne ne constatent pas une diminution de la misère, seulement une augmentation de la fortune des plus riches.

Le titre de cet article n'est peut-être pas exact, il aurait pu être: La laïcité survivra-t-elle à un appauvrissement généralisé? Elle pourrait, mais elle devra lutter contre des mouvements radicaux, est-il bien logique de hurler au loup sur les identitaires (pour lesquels je n'ai aucune sympathie) qui ne sont que quelques centaines et de garder le silence sur les milliers d'islamistes.

J'avoue ne pas comprendre pourquoi alors que des filles musulmanes qui sortent avec des non-musulmans et qui voient, à cause de l'islam, leurs relations brisées, se comptent en dizaine, plus probablement en centaines de milliers et qu'on ne fait rien pour elles. 

Je constate que les mouvement émancipateurs en monde musulman sont systématiquement privés d'espaces publics au profit des radicaux. À croire qu'on veut faire des musulmans les boucs émissaires de nos problèmes.

La laïcité en monde musulman ancien

La réforme de Luther a plongé l'Europe dans la guerre civile, ce n'était peut-être pas le but, mais ce fut le résultat. Des massacres succédaient à d'autres massacres: les victimes d'hier étaient les bourreaux du lendemain, et les victimes du lendemain étaient les bourreaux d'hier. Les peuples européens sont sortis écœurés de cette guerre civile.
Si on regarde l'Islam à ses débuts on constate une histoire similaire, la succession de Mahommed fut une catastrophe, Ali et Abu Bakr s'accusaient mutuellement de tronquer le Coran, les tensions devinrent échauffourées, les échauffourées devinrent guerre, la guerre devint totale et les massacres la norme. Bien vite, une troisième tendance émergea, le kharijisme, qui, lui-même, se subdivisa et deux écoles aux vues discordantes: la première estimait que le bébé d'un musulman était un apostat et donc devait être égorgé; l'autre tendance, dite «modérée», estimait qu'il ne devait être égorgé que s'il avait plus de deux ans. Face à cette folie, se développèrent deux écoles aux vues plus équilibrées, hélas aujourd'hui disparues: le murjisme et le mutazilisme.
Nous citons ici les articles de wikipédia qui résument leurs théologies.
D'abord le murjisme qui invoque en se servant de versets du Coran:
l'idée du jugement décalé. Seul Dieu peut juger, et jugera le jour du jugement dernier, ce qui est le vrai et le faux en Islam et personne ne peut juger qu'un autre est infidèle. Pour eux le libre arbitre est limité c’est-à-dire que l'homme est en partie contraint à ses actes. La foi suffit à sauver les pêcheurs de l'enfer, la foi étant plus important que les actes, que ce que les circonstances amènent à vivre. Jahm Ibn Safwân, mort en 746, et les jahmiyya accusaient les traditionalistes littéralistes d'être des anthropomorphistes. Jahm Ibn Safwân niait toute ressemblance entre Dieu et l'homme pour préserver la Transcendance absolue d'Allâh.
Et le mutazilisme qui met l'accent sur cinq principes:
  1. Le monothéisme (tawhid): Dieu ne peut être conçu par l'esprit humain. Ainsi, ils affirment que les versets du Coran décrivant Dieu comme étant assis sur un trône sont allégoriques. Les motazilites affirment que le Coran ne peut pas être éternel, mais a été créé par Dieu, sinon l'unicité de celui-ci serait impossible. Ils poussent leur conception allégorique à l'extrême et nomment leurs opposants anthropomorphistes.
  2. La justice divine (adl) : devant le problème de l'existence du mal dans un monde où Dieu est omnipotent, ils mettent en avant le libre arbitre des êtres humains et présentent le mal comme généré par les erreurs de ceux-ci. Dieu ne fait pas le mal et demande aux hommes de ne pas le faire non plus. Si les actes maléfiques d'un homme provenait de la volonté de Dieu, alors la notion de punition perdrait son sens car l'homme suivrait la volonté divine quels que soient ses actes. Le mutazilisme s'oppose donc à la prédestination.
  3. Promesse et menace (al-Wa'd wa al-Wa'id): ce principe regroupe les questions sur le dernier jour et le jour du jugement où Dieu récompensera, avec ce qu'il leur a promis, ceux qui lui ont obéi, et punira ceux qui ont désobéi avec la damnation et les feux de l'enfer.
  4. Le degré intermédiaire (al-manzilatu bayn al-manzilatayn): ce principe, qui a été le premier à distinguer les mutazilites, affirme que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, fausse accusation de fornication, etc.) ne doit être considéré, dans la vie d'ici-bas, ni comme croyant ou musulman (comme pensent les sunnites), ni comme mécréant (kâfir, comme pensent les khâridjites), mais plutôt dans un degré intermédiaire entre les deux. Si le pécheur se repent avant sa mort, il sera considéré à nouveau comme croyant. S'il ne se repent pas, il sera considéré comme mécréant et méritera l'enfer.
  5. Ordonner le bien et blâmer le blâmable (al-amr bil ma'ruf wa al-nahy 'an al munkar): ce principe permet la rébellion contre l'autorité, si celle-ci est injuste, comme un moyen d'empêcher le mal.
Ces deux écoles perdront leur influence à la fin du IXe siècle. Certes les guerres chiites-sunnites seront plus limitées et n'atteindront plus les proportions qu'elles eurent au VIIe–VIIIe siècle, sauf peut-être en Irak contemporain.
J'espère que la sagesse permettra l'émergence d'un néo-mutazilisme qui prendra de la force en monde musulman.
Nous allons publier ultérieurement quelques articles montrant les parallèles entre les textes esséniens et le Qoran montrant que l'Islam est issus des Judaïsants nazaréens, c'est-à-dire esséniens.